Les aléas d'un itinéraire tourmenté

Concédée à la Compagnie des Dombes et du Sud-Est (Cie DSE), cette voie ferrée tracée intégralement dans le département de l'Ain n'a pas été d'une réalisation facile eu égard à la nature très tourmentée des régions traversées, composées des chaînons jurassiens. Son premier tronçon, de Bourg à La Cluse, long de 37 km, a pu être livré ) l'exploitation le 29 Mars 1877, mais son prolongement sur 28 km jusqu'à Bellegarde, riche en ouvrages d'arts, ne s'est achevé que le 1er avril 1882.

S'embranchant sur la rocade Mâcon - Ambérieu à la sortie sud de la gare de Bourg, elle contourne l'agglomération par les faubourgs de Brou en prenant la direction de l'est, enjambe la Reyssouze, évite après Ceyzériat, au moyen d'un coude, une proéminence du Revermont et traverse le Suran à Villereversure, au pied du mont Grenier. Grâce au tunnel de Racouze (1684 m), elle coupe le vaste anticlinal nord-sud du Grand-Corent et franchit à son débouché le canyon de l'Ain sur le magnifique viaduc de Cize Bolozon, long de 269 m, haut de 52 ù ,à deux rangées d'arcades de facture exceptionnelle avec, au niveau inférieur, la passage dans l'évidement des piles. S'élevant en corniche sur les flancs escarpés du Mont Cruison, plongeant sur la rive droite de la rivière décrivant un méandre prononcé, elle domine de 50m le village de Bolozon, avant de pénétrer sous le tunnel de Mornay (2589 m), creusé sous le chaînon du Berthiand. A sa sortie, la voie pénètre dans la plaine de l'Oignin, séparant le Revermont du Haut-Bugey, dessert le bourg de Nurieux-Volognat, traverse cette rivière puis l'Ange et atteint rapidement La Cluse. Etablie sur la rive sud, boisée et escarpée, du lac glaciaire de Nantua, dominée par la montagne de Chamoise, elle dessert la sous-préfecture de Nantua et s'élève dans la vallée orientée ouest-est où coule le Merloz, en restant sur son flanc droit. Après le village des Neyrolles, elle passe à proximité des sources de la Doye, site classé, et longe au plus près, en pied de versant de l'avancée du Peney, le beau lac de Sylans dans un environnement sylvestre et sauvage. Atteignant son point culminant (587 m) à Charix-Lalleyriat, elle descend maintenant la vallée boisée de la Semine, traverse au moyen de tunnels plusieurs éperons et contreforts rocheux par un tracé hardi et s'inscrit à partir de Châtillon-en-Michaille sur le flanc droit du couloir de la Valserine, connue pour ses pertes souterraines et se et se jetant dans le Rhône à Bellegarde. Le raccordement à l'axe Lyon - Genève dans cette gare n'ayant pu se faire directement vu sa situation géographique en contrebas, il a nécessité un rebroussement grâce à un tiroir côté sud dépendant du poste 1.

D'une manière générale, le tracé de cette artère est loin d'être exemplaire, avec ses nombreuses courbes dont le rayon descend à 300 m, l'une d'elles tombant à 200 m à l'entrée de Bellegarde. Son profil en long est lui aussi, très difficile avec de longues rampes maximales de 28 et 27‰ sur le versant occidental et 23‰ au départ de Bellegarde jusqu'au point haut de Charix. Une profusion d'ouvrages d'art a été nécessaire, avec trois viaducs (Ramasse, Cize, Tacon) et 11 tunnels cumulant plus de 7 km, ainsi que de multiples tranchées, remblais et murs de soutènement.

La ligne est rétrocédée le 1er juin 1884 à la compagnie PLM, qui ouvre le 16 mai de l'année suivante la transversale jurassienne venant d'Oyonnax, se raccordant en gare de la Cluse, que l'on est obligé d'agrandir.

Exploitée sans signalisation, avec cantonnement téléphonique et fermeture nocturne, la ligne Bourg - Bellegarde possède, outre la bifurcation de la Cluse (dotée d'une annexe traction avec remise à machines et pont-plaque), huit gares de croisement intermédiaires avec évitements de 300 à 430 m (Ceyzériat, Villereversure, Cize-Bolozon, Nurieux, Nantua, Charix-Lalleyriat, Saint Germain de Joux, Châtillon-en-Michaille) et trois haltes (Sénissiat-Revonnas, Simandre-sur-Suran et les Neyrolles). Elle a une vocation strictement régionale, avec des omnibus de bout en bout, certains d'entre eux effectuant le trajet St Claude - Bourg, avec tête-à-queue à La Cluse, et Saint-Claude Bellegarde. En l'absence d'industries en le trafic fret se limite aux produits de consommation (charbon, vin) et aux expéditions de bois. En 1906 le grand tunnel de Mornay, en rampe de 27 puis de 25‰, doit être allongé de 3 m côté Bourg, puis de 24 m en 1924 côté Bellegarde, pour supporter une usine de ventilation pour faciliter l'aération lors des circulations vapeur impaires. Un énorme glissement de terrain survenu en 1933 à l'aplomb du village des Neyrolles conduit le PLM à rapprocher la voie de la localité et à créer une halte, avec BV à l'architecture soignée.

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